Vous prenez un traitement contre l’hypertension et une prise de sang montre soudain un taux d’acide urique élevé. Une nouvelle crise de goutte peut aussi faire naître le doute : le médicament pour la tension joue-t-il un rôle ? La question mérite une réponse nuancée.
Certains antihypertenseurs peuvent modifier l’uricémie, c’est-à-dire la quantité d’acide urique présente dans le sang. Pourtant, une variation du dosage ou une crise isolée ne suffit pas à désigner un médicament comme responsable. Hypertension et goutte doivent surtout être replacées dans une situation médicale globale, où la protection cardiovasculaire et rénale garde une place prioritaire. Cet article présente les familles les plus concernées, la portée réelle des nouvelles données sur le losartan et les éléments biologiques ou médicamenteux qui peuvent être discutés avec le médecin ou le pharmacien.
Pourquoi hypertension et goutte sont-elles souvent associées ?
L’hypertension, l’hyperuricémie, le diabète, l’obésité, les maladies rénales et les maladies cardiovasculaires peuvent se retrouver chez une même personne. Cette coexistence ne signifie pas qu’une maladie provoque systématiquement toutes les autres. Plusieurs facteurs métaboliques, rénaux, génétiques et médicamenteux peuvent intervenir.
En France, Santé publique France estime que près d’un adulte sur trois vit avec une hypertension, soit environ 17 millions de personnes. En Polynésie française, le Bulletin de surveillance sanitaire de juillet 2026 indique que 5 230 personnes étaient prises en charge en longue maladie pour hypertension artérielle sévère en 2024.
Pour une personne qui vit aussi avec la goutte, la question dépasse donc largement un chiffre d’acide urique. La tension artérielle, les reins et le risque cardiovasculaire doivent être examinés ensemble. Un article du site développe séparément les liens entre goutte et santé cardiovasculaire.
Certains médicaments peuvent-ils augmenter l’acide urique ?
Une grande partie de l’urate quitte l’organisme par les reins. Certains médicaments peuvent modifier cette élimination. Une réduction de l’excrétion rénale peut faire monter le taux sanguin.
Une hausse sur une prise de sang ne correspond toutefois pas automatiquement à une crise. L’hyperuricémie désigne un taux d’acide urique supérieur à la valeur de référence ou au seuil retenu selon le contexte. Une crise de goutte, elle, correspond à une réaction inflammatoire liée aux cristaux d’urate dans une articulation.
Cette distinction explique pourquoi une uricémie élevée sans crise articulaire mérite une interprétation différente d’un épisode aigu.
Le cas des diurétiques thiazidiques
Un diurétique aide les reins à éliminer davantage d’eau et de sels. Les médicaments dits thiazidiques ou apparentés appartiennent à une famille fréquemment utilisée dans le traitement de l’hypertension.
Ils peuvent réduire l’élimination rénale de l’urate chez certaines personnes. Le résumé officiel français de l’association losartan-hydrochlorothiazide précise que les thiazidiques peuvent favoriser une hyperuricémie ou une crise chez certains patients.
Cette possibilité n’annonce pas le même effet chez tous. La molécule, le contexte médical, la fonction rénale, les autres traitements et plusieurs caractéristiques individuelles peuvent modifier la réponse.
Pourquoi l’effet varie-t-il selon la personne ?
Une uricémie déjà élevée avant le traitement ne s’interprète pas comme une hausse apparue après une modification thérapeutique. Les antécédents de goutte, la fonction des reins, le diabète, l’insuffisance cardiaque, le poids, l’alcool, l’alimentation, l’hydratation et les autres médicaments peuvent aussi influencer le contexte.
Le moment du dosage compte également. Une seule analyse fournit une photographie biologique à une date donnée. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir la responsabilité d’une molécule.
Antihypertenseurs et acide urique : repères prudents
| Famille ou situation | Effet possible sur l’uricémie | Message prudent |
|---|---|---|
| Diurétiques thiazidiques | Hausse possible | Effet variable selon le médicament et le profil médical. |
| Losartan | Baisse moyenne modeste observée | Ne remplace pas un traitement spécifique de la goutte. |
| Autres sartans | Effet non nécessairement identique | L’effet du losartan ne doit pas être attribué à toute la famille. |
| Losartan + hydrochlorothiazide | Effets opposés possibles | Le losartan peut atténuer l’effet du diurétique sans le neutraliser dans tous les cas. |
| Traitement hypo-uricémiant | Action spécifique sur l’uricémie | Objectif médical différent de celui d’un antihypertenseur. |
Que révèle l’étude de 2026 sur le losartan ?
Le losartan appartient aux sartans, médicaments qui bloquent l’action de l’angiotensine II afin de réduire la pression artérielle. Il possède aussi un effet dit uricosurique : il peut favoriser l’élimination urinaire d’une petite quantité d’urate.
Une étude publiée le 15 juillet 2026 dans Hypertension Research a cherché à mesurer précisément cet effet. Les chercheurs ont d’abord réuni six essais prospectifs randomisés contrôlés contre placebo. Au total, 1 119 participants recevaient du losartan et 1 093 appartenaient aux groupes témoins.
La différence moyenne était d’environ −0,29 mg/dL par rapport au placebo, avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre −0,46 et −0,12 mg/dL. Il s’agit d’une baisse biologique mesurable, mais modeste.
Les chercheurs ont aussi réalisé une émulation d’essai cible à partir de la UK Biobank. Cette méthode tente de reproduire avec des données d’observation certaines caractéristiques d’un essai clinique. Seulement 23 nouveaux utilisateurs du losartan ont été comparés à 92 témoins appariés. La baisse estimée atteignait environ −0,35 mg/dL.
Cette seconde analyse soutient le résultat principal, mais sa petite taille impose davantage de prudence. Elle ne devient pas un essai randomisé parce que sa méthode cherche à s’en rapprocher.
Quelles limites empêchent une conclusion trop large ?
Les six essais ne regroupaient pas des populations identiques. Leur durée et leurs caractéristiques différaient. L’analyse UK Biobank reposait sur très peu de nouveaux utilisateurs du médicament et certains facteurs peuvent échapper aux ajustements statistiques.
Les personnes retenues devaient aussi disposer de plusieurs dosages d’urate, ce qui peut sélectionner un profil particulier de patients.
Surtout, l’étude mesure essentiellement une modification du taux sanguin. Elle ne démontre pas une diminution du nombre de crises de goutte. Elle ne prouve ni la disparition des cristaux ni l’atteinte d’un objectif thérapeutique individuel.
Les auteurs précisent aussi que les données sur certaines origines géographiques ou ancestrales restent limitées. Les chiffres ne constituent donc pas une validation spécifique pour la population de Polynésie française.
Tous les sartans ont-ils le même effet ?
Non. L’effet uricosurique décrit avec le losartan ne doit pas être transformé en propriété automatique de tous les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II.
Cette distinction évite une erreur fréquente : deux médicaments de la même famille peuvent partager leur action principale sur la tension sans avoir exactement les mêmes effets sur l’urate.
L’irbésartan constitue un cas distinct déjà abordé dans l’article consacré au cas particulier de l’irbésartan et d’Aprovel. Le présent article ne cherche pas à classer les différents sartans entre eux.
Que se passe-t-il avec l’association losartan-hydrochlorothiazide ?
Dans cette association, les deux composants peuvent exercer des effets de sens opposé sur l’acide urique. Le résumé officiel français indique que l’hydrochlorothiazide peut augmenter l’urate, tandis que le losartan possède un effet uricosurique léger.
Le document réglementaire précise que le losartan tend à atténuer l’hyperuricémie liée au diurétique. « Atténuer » ne signifie pas « annuler ». Cette information ne permet donc pas de prévoir le résultat biologique chez une personne précise ni de conclure que cette association correspond à son profil médical.
Une baisse modeste de l’uricémie prévient-elle les crises ?
Une variation proche de 0,3 mg/dL reste très différente de l’objectif d’un traitement hypo-uricémiant, c’est-à-dire un médicament prescrit spécifiquement pour réduire durablement l’urate dans une stratégie de prise en charge de la goutte.
Le commentaire clinique publié en août 2026 rappelle d’ailleurs que l’effet du losartan est nettement inférieur à celui des traitements conçus pour diminuer l’uricémie.
La distinction est essentielle : un antihypertenseur peut présenter un profil intéressant vis-à-vis de l’urate lors d’une décision médicale globale sans devenir pour autant un traitement de la goutte.
Les données de 2026 ne permettent pas d’affirmer que cette baisse moyenne évite des crises. Une diminution biologique ne se traduit pas automatiquement par un bénéfice clinique mesurable chez chaque patient.
Pourquoi le traitement de la tension ne doit-il pas être modifié seul ?
Un médicament contre l’hypertension répond d’abord à un besoin de contrôle de la pression artérielle et de réduction de risques qui peuvent être graves. Une décision thérapeutique ne peut donc pas reposer uniquement sur l’acide urique.
Les recommandations américaines sur la goutte évoquent de façon conditionnelle la possibilité de revoir l’hydrochlorothiazide ou de privilégier le losartan lorsque le contexte le permet. Le niveau de preuve concernant ces choix est toutefois très faible. Elles précisent que les bénéfices attendus doivent être mis en balance avec les risques liés au changement.
Uricémie et antécédents de goutte
Le médecin peut comparer l’uricémie actuelle avec les résultats précédents et rechercher d’éventuelles crises anciennes. La date de début du médicament ou d’un changement de traitement apporte aussi du contexte, sans établir automatiquement un lien de cause à effet.
Fonction rénale, électrolytes et risque cardiovasculaire
Selon le traitement et l’état de santé, la créatinine et le débit de filtration glomérulaire estimé peuvent renseigner sur la fonction rénale. Le potassium et le sodium peuvent aussi entrer dans la surveillance.
Il n’existe pas de fréquence universelle de contrôle adaptée à tous. La pression artérielle, le diabète, l’insuffisance cardiaque et les antécédents cardiovasculaires restent des éléments majeurs de l’arbitrage.
Une fonction rénale réduite peut aussi diminuer l’élimination de l’urate et compliquer la prise en charge de la goutte. Notre dossier réactualisé sur le lien entre goutte et insuffisance rénale explique pourquoi le traitement de la goutte et la protection des reins répondent à des objectifs différents, avec des précautions particulières en cas de maladie rénale chronique.
La liste complète des médicaments pris
Une revue fiable du traitement suppose que le médecin ou le pharmacien connaisse les prescriptions, les médicaments pris sans ordonnance, les compléments et les changements récents.
L’objectif n’est pas de retirer automatiquement un produit suspecté. Il s’agit de replacer l’uricémie dans l’ensemble du dossier. Un diurétique, une aspirine prescrite ou un autre traitement ne doit pas être interrompu sur la seule base d’une crise ou d’une lecture en ligne.
Mon point de vue : ne pas opposer la goutte à la protection cardiovasculaire
Je vis moi-même avec une goutte d’origine génétique, une maladie rénale chronique de stade 3 et un antécédent de chirurgie cardiaque. Ce parcours me rend particulièrement attentif à l’équilibre entre acide urique, santé rénale et protection cardiovasculaire.
Face à une nouvelle crise ou à un résultat biologique qui change, mon réflexe intellectuel est donc d’éviter une conclusion trop rapide sur un médicament. Un chiffre isolé ne raconte pas tout le dossier.
Mon expérience personnelle ne permet pas de choisir un traitement pour une autre personne. Elle renforce surtout, à mes yeux, l’intérêt d’une discussion globale qui tient compte à la fois de la tension, des reins, de l’uricémie et du risque cardiovasculaire.
Ce qu’il faut retenir
Certains diurétiques thiazidiques peuvent augmenter l’uricémie chez certaines personnes. Le losartan possède, lui, un effet uricosurique propre et modeste. Les données publiées en 2026 quantifient une baisse moyenne proche de 0,3 mg/dL, sans démontrer une réduction des crises.
Cette particularité ne doit pas être étendue automatiquement à tous les sartans. Elle ne transforme pas non plus le losartan en traitement hypo-uricémiant.
Le choix d’un médicament contre l’hypertension dépend aussi de la pression artérielle, de la fonction rénale, des électrolytes, des maladies associées et des autres traitements. Une adaptation éventuelle relève du professionnel qui connaît le dossier.
FAQ sur l’hypertension, la goutte et les médicaments
Les médicaments contre l’hypertension peuvent-ils provoquer une crise de goutte ?
Certains médicaments peuvent augmenter l’uricémie et contribuer au risque chez certaines personnes. Une crise isolée ne permet toutefois pas d’attribuer avec certitude la responsabilité à un traitement précis.
Tous les diurétiques augmentent-ils l’acide urique ?
Non. Les effets varient selon la famille et le médicament. Les diurétiques thiazidiques sont particulièrement connus pour pouvoir augmenter l’urate chez certains patients.
L’hydrochlorothiazide doit-il être arrêté en cas de goutte ?
Pas automatiquement. Les raisons de la prescription, la tension, la fonction rénale, les autres maladies et les alternatives possibles doivent être évaluées par le prescripteur.
Le losartan fait-il vraiment baisser l’uricémie ?
Oui, une méta-analyse publiée en 2026 retrouve une baisse moyenne d’environ 0,29 mg/dL face au placebo. Cette moyenne ne permet pas de prévoir l’effet chez une personne précise.
Le losartan peut-il remplacer l’allopurinol ?
Non. Le losartan traite avant tout l’hypertension. L’allopurinol appartient aux traitements hypo-uricémiants et répond à une autre stratégie médicale.
Tous les sartans ont-ils le même effet sur l’acide urique ?
Non. L’effet uricosurique du losartan ne doit pas être attribué automatiquement aux autres médicaments de cette famille.
Une baisse de 0,3 mg/dL suffit-elle à prévenir une crise ?
Les données disponibles ne permettent pas de l’affirmer. L’étude de 2026 a surtout mesuré le taux d’urate, pas le nombre de crises.
Quels contrôles peuvent être discutés avec le médecin ?
Selon le profil médical, l’uricémie, la créatinine, l’estimation de la fonction rénale, le potassium, le sodium et la pression artérielle peuvent entrer dans le suivi. Le rythme dépend de la situation individuelle et du traitement.
Sources consultées
Hypertension Research — Urate-lowering effects of losartan: a meta-analysis of randomised controlled trials and target trial emulation
Hypertension Research — Losartan, uric acid, and cardiometabolic disease: beyond blood pressure control
Base de Données Publique des Médicaments — LOSARTAN/HYDROCHLOROTHIAZIDE BGR 100 mg/25 mg — Résumé des caractéristiques du produit
Arthritis Care & Research — 2020 American College of Rheumatology Guideline for the Management of Gout
Santé publique France — Hypertension artérielle — La maladie
Santé publique France — Hypertension artérielle — Données
Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale — Bulletin de Surveillance Sanitaire — Polynésie française — N°23/2026

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Certains traitements contre l’hypertension peuvent modifier l’uricémie, mais leur effet varie selon la situation médicale.
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