Le jeûne intermittent est souvent présenté comme une méthode utile pour perdre du poids ou améliorer la santé. Mais est-il adapté lorsqu’une personne souffre de goutte ou présente trop d’acide urique dans le sang ? Les études ne donnent pas encore de réponse simple. Une publication parue en 2026 a trouvé un lien entre de longues périodes sans repas, un faible nombre de prises alimentaires et une fréquence plus élevée d’hyperuricémie. L’hyperuricémie correspond à un taux d’acide urique trop élevé dans le sang. Cette étude ne prouve pas que le jeûne provoque la goutte. La durée sans repas, une perte de poids rapide, l’hydratation, certains médicaments, le diabète ou une maladie rénale peuvent aussi jouer un rôle. Le lien entre jeûne intermittent et goutte mérite donc une lecture prudente.
Pourquoi le jeûne peut-il modifier l’acide urique ?
Lorsque plusieurs heures passent sans apport calorique, le corps change peu à peu sa façon de produire de l’énergie. Il utilise d’abord les réserves facilement disponibles. Si la période sans nourriture se prolonge ou si les apports deviennent très faibles, il peut utiliser davantage les graisses.
Cette situation peut entraîner une production plus forte de corps cétoniques. On parle alors de cétose. Il s’agit simplement d’un état dans lequel le corps utilise davantage les graisses pour produire son énergie.
Toute période sans repas ne provoque pas une forte cétose. Les effets varient selon la durée, la quantité d’aliments consommée au cours de la journée et l’état de santé de la personne.
Les corps cétoniques peuvent aussi modifier temporairement la façon dont les reins éliminent l’acide urique. Dans certains contextes, le taux d’acide urique peut alors augmenter pendant un certain temps.
La perte de poids très rapide pose une autre question. Lorsque le corps perd beaucoup de poids sur une courte période, il puise davantage dans ses réserves. Des changements de l’uricémie peuvent accompagner cette phase.
L’hydratation compte également. Un manque de liquide peut réduire l’élimination de l’acide urique par les reins. Les besoins en eau ne sont toutefois pas identiques pour tout le monde, surtout en cas de maladie rénale ou cardiaque.
Un taux d’acide urique qui augmente ne signifie pas automatiquement qu’une crise de goutte va apparaître. L’uricémie correspond à une mesure dans le sang. La crise de goutte correspond à une inflammation douloureuse d’une articulation. Les deux phénomènes sont liés, mais ils ne sont pas identiques.
Le sujet est détaillé dans cet article sur l’acide urique élevé sans crise de goutte.
Que montre vraiment l’étude publiée en 2026 ?
Une étude de Fan Wu, Jieyi Meng et Lvyi Chen a été publiée dans la revue Clinical Rheumatology. Elle est parue dans l’édition de février 2026, après une publication électronique en novembre 2025.
Les chercheurs ont étudié les données de 22 735 adultes issus de l’enquête américaine NHANES entre 2007 et 2018.
Pour connaître les habitudes alimentaires, les participants avaient décrit ce qu’ils avaient mangé au cours de deux journées différentes. Les chercheurs ont ensuite étudié le nombre de prises alimentaires et la durée entre le dernier apport calorique du soir et le premier du lendemain.
Pour la goutte, les participants indiquaient si un professionnel de santé leur avait déjà posé ce diagnostic.
Les chercheurs ont constaté une fréquence plus élevée d’hyperuricémie chez les personnes qui déclaraient peu de prises alimentaires au cours de la journée.
Ils ont aussi observé une fréquence plus élevée d’hyperuricémie lorsque la période nocturne sans apport calorique atteignait au moins quatorze heures.
Le chiffre de quatorze heures ne représente pas une limite médicale universelle. Il correspond au seuil utilisé dans cette étude. Il ne signifie pas que treize heures sont toujours sans risque ni que quatorze heures provoquent automatiquement un problème.
Ces résultats concernent des groupes de personnes. Ils ne permettent pas de calculer le risque personnel d’un lecteur.
L’étude s’intéresse aussi à la chrononutrition. Ce terme désigne l’étude des liens entre les horaires des repas, leur fréquence et le fonctionnement du corps. Il ne s’agit pas d’un régime précis.
Association statistique ou relation de cause à effet ?
Cette étude est dite transversale. Une étude transversale ressemble à une photographie prise à un moment donné. Elle permet de voir que deux éléments sont présents chez les mêmes personnes, mais elle ne permet pas toujours de savoir lequel est apparu en premier.
Dans ce cas précis, l’étude montre un lien statistique entre certains rythmes alimentaires et l’hyperuricémie. Elle ne prouve pas que le rythme des repas est la cause directe de la hausse de l’acide urique.
Plusieurs limites doivent rester à l’esprit. Les habitudes alimentaires reposent sur seulement deux journées déclarées par les participants. Le diagnostic antérieur de goutte repose aussi sur leur déclaration. Aucun groupe n’a reçu au hasard un type de jeûne ou un autre rythme alimentaire.
D’autres facteurs peuvent donc expliquer une partie des résultats : poids, qualité de l’alimentation, traitements, maladies associées ou habitudes de vie.
Cette étude apporte un signal utile pour la recherche. Elle ne justifie pas une interdiction générale du jeûne.
Tous les types de jeûne ont-ils les mêmes effets ?
Le mot « jeûne » peut désigner des situations très différentes. Une nuit un peu plus longue sans nourriture, un rythme quotidien avec peu de repas, un régime cétogène et une restriction alimentaire très forte ne produisent pas forcément les mêmes effets.
Jeûne, cétose et goutte : quelles différences ?
| Type de pratique | Principe | Ce que montrent les études | Effet possible | Quand un avis médical est particulièrement utile |
|---|---|---|---|---|
| Jeûne nocturne prolongé | Long intervalle entre le repas du soir et le premier apport du lendemain | Une étude récente trouve un lien avec l’hyperuricémie | Variation possible de l’acide urique | Diabète, maladie rénale, traitements qui peuvent faire baisser la glycémie |
| Jeûne intermittent | Repas regroupés sur certaines périodes de la journée ou de la semaine | Peu de données directes chez les personnes qui souffrent de goutte | Effet variable selon les apports, la durée et l’hydratation | Diabète, grossesse, maladie rénale ou cardiaque, fragilité nutritionnelle |
| Régime cétogène | Très peu de glucides et production plus forte de corps cétoniques | Les résultats des études restent très variables | Hausse ou baisse possible selon les situations | Maladie rénale, diabète, hypertension ou traitements multiples |
| Restriction calorique rapide | Apports très réduits avec perte de poids rapide possible | Données indirectes et variables | Variation temporaire de l’uricémie possible | Goutte, diabète, maladie rénale ou état nutritionnel fragile |
Le jeûne nocturne prolongé
Le jeûne nocturne correspond au temps qui sépare le dernier apport calorique du soir du premier apport du lendemain.
Dans l’étude de 2026, une durée d’au moins quatorze heures était liée à une fréquence plus élevée d’hyperuricémie.
Ce résultat ne signifie pas qu’une personne qui reste quatorze heures sans manger développera une hyperuricémie ou une crise. Il s’agit d’une observation faite sur une grande population.
Le jeûne intermittent
Le jeûne intermittent regroupe plusieurs méthodes. Certaines réduisent le nombre d’heures au cours desquelles les repas sont pris. D’autres alternent des périodes avec plus ou moins d’apports.
Les études ne permettent pas de définir une méthode adaptée à toutes les personnes qui vivent avec la goutte. Aucun créneau horaire ne peut donc être présenté ici comme préférable.
Le sujet des prises alimentaires entre les repas est traité séparément dans l’article consacré aux collations et aux fringales.
Le régime très restrictif ou cétogène
Un régime cétogène n’est pas un jeûne. Il repose sur une alimentation très pauvre en glucides et favorise la production de corps cétoniques. Les corps cétoniques sont des molécules produites par le foie à partir des graisses lorsque le glucose manque. Ils fournissent alors l’énergie nécessaire au cerveau et aux muscles.
Une méta-analyse publiée en 2023 a regroupé six essais sur les régimes cétogènes. Dans l’ensemble, les chercheurs n’ont pas observé de modification significative de l’acide urique.
Les résultats variaient toutefois beaucoup d’une étude à l’autre. Cette différence rend les conclusions moins solides.
Une autre étude, publiée en 2026, a suivi seulement 43 femmes après la ménopause. Elles souffraient d’hypertension et d’obésité. Dans ce groupe très précis, le régime cétogène très pauvre en calories a été associé à une baisse de l’acide urique au bout de six mois.
Un résultat obtenu chez 43 femmes avec ce profil ne permet pas de savoir ce qui se passerait chez un homme atteint de goutte, une personne avec une maladie rénale ou l’ensemble de la population.
Perdre du poids sans favoriser les déséquilibres
Le poids peut jouer un rôle dans la goutte, mais la façon de perdre du poids compte aussi.
Les recommandations de l’American College of Rheumatology publiées en 2020 indiquent qu’une perte de poids peut être envisagée chez les personnes atteintes de goutte qui présentent aussi un surpoids ou une obésité. Elles ne désignent pas le jeûne intermittent comme méthode de référence.
Une baisse progressive du poids ne ressemble pas à une restriction très forte sur une courte période. Une perte rapide peut s’accompagner de changements temporaires de l’uricémie, surtout si les apports deviennent très faibles ou si l’hydratation n’est pas adaptée.
La qualité des repas compte aussi. Deux personnes peuvent manger au même nombre d’heures, mais avoir des apports très différents.
L’article sur le sucre, les fruits et l’acide urique apporte un éclairage complémentaire sur la qualité des apports.
Le guide consacré aux moyens de réduire son taux d’acide urique replace aussi l’alimentation et le poids parmi plusieurs facteurs. Le jeûne ne doit pas être présenté comme un traitement de la goutte.
Quelles précautions en cas de diabète ou de maladie rénale ?
Le diabète demande une prudence particulière lorsqu’un changement important du rythme des repas est envisagé.
Certains médicaments contre le diabète peuvent provoquer une hypoglycémie. Une hypoglycémie correspond à un taux de sucre dans le sang trop bas. Le risque dépend du type de diabète et du traitement utilisé.
L’Assurance Maladie cite notamment l’insuline et certains médicaments qui augmentent le risque d’hypoglycémie.
Une personne qui prend ce type de traitement ne peut pas modifier fortement ses horaires alimentaires sur la base d’un conseil général trouvé en ligne. L’organisation des repas et celle des médicaments doivent rester cohérentes avec le suivi médical.
Mon article sur le diabète et la maladie de la goutte explique plus en détail les liens entre ces deux problèmes de santé.
La maladie rénale demande aussi de la prudence. Les reins participent à l’élimination de l’acide urique. Lorsque leur fonctionnement diminue, l’urate peut être plus difficile à éliminer.
Les conseils sur l’eau doivent alors rester personnalisés. Certaines personnes ont besoin de surveiller leurs apports liquides en raison d’une maladie rénale ou cardiaque. Une quantité d’eau valable pour tout le monde serait donc inadaptée.
Un avis médical prend une place particulière chez une personne qui souffre de diabète, d’insuffisance rénale, de maladie cardiovasculaire, qui prend plusieurs médicaments, qui est enceinte ou qui présente une fragilité nutritionnelle.
Le médecin, le diabétologue, le néphrologue, le pharmacien ou un diététicien peuvent tenir compte du dossier complet. Aucun article général ne dispose de toutes ces informations.
Mon point de vue : mieux vaut comprendre avant de modifier ses repas
Je vis avec une goutte et une hyperuricémie d’origine génétique. Je souffre aussi d’une insuffisance rénale chronique de stade 3.
Mon parcours m’a appris qu’une méthode populaire ne correspond pas forcément à tous les profils de santé.
Lorsque plusieurs maladies et plusieurs traitements se croisent, je préfère comprendre les effets possibles avant de changer fortement mes habitudes. Le suivi biologique et les échanges avec les professionnels de santé prennent alors beaucoup de valeur.
Ce point de vue repose sur mon expérience personnelle. Il ne remplace pas les données médicales et ne constitue pas un conseil valable pour tous.
Ce qu’il faut retenir
Les recherches récentes montrent un lien entre de longues périodes nocturnes sans apport calorique, un faible nombre de prises alimentaires et une fréquence plus élevée d’hyperuricémie. Elles ne prouvent pas que le jeûne provoque la goutte.
Les effets peuvent varier selon la durée sans repas, la vitesse de perte de poids, l’hydratation, la cétose, les médicaments et les maladies associées.
Une personne qui vit avec un diabète, une maladie rénale ou plusieurs traitements peut avoir besoin d’une évaluation médicale avant un changement important du rythme des repas.
FAQ sur le jeûne intermittent et la goutte
Le jeûne intermittent augmente-t-il toujours l’acide urique ?
Non. Les études ne montrent pas une hausse systématique chez tout le monde. Le résultat dépend du type de restriction, de sa durée, des apports alimentaires, de l’hydratation et de l’état de santé.
Un jeûne nocturne de quatorze heures est-il dangereux ?
Les données disponibles ne permettent pas de dire qu’une durée de quatorze heures est dangereuse pour toutes les personnes. Ce seuil vient d’une étude qui a observé une association avec l’hyperuricémie.
Le jeûne intermittent peut-il déclencher une crise de goutte ?
Les études ne prouvent pas qu’un jeûne intermittent provoque directement une crise. Une forte restriction, une perte de poids rapide ou une déshydratation peuvent toutefois modifier le contexte métabolique.
La cétose fait-elle monter l’acide urique ?
Une hausse temporaire de l’acide urique peut apparaître dans certains contextes de cétose. Les études sur les régimes cétogènes donnent toutefois des résultats très variables.
Peut-on jeûner sous allopurinol ?
La réponse dépend du dossier médical, de la fonction rénale, des autres traitements et de la prescription. L’horaire, la dose ou l’arrêt de l’allopurinol ne doivent pas être modifiés à partir d’un article. Le médecin ou le pharmacien reste l’interlocuteur adapté pour cette question.
Le jeûne est-il compatible avec le diabète ?
La réponse dépend du type de diabète et du traitement. Certains médicaments peuvent faire baisser trop fortement la glycémie lorsque les repas changent. Un avis médical est particulièrement utile avant une modification importante des horaires alimentaires.
Une personne atteinte d’insuffisance rénale peut-elle pratiquer le jeûne ?
Il n’existe pas de réponse valable pour toutes les personnes. La fonction rénale, les traitements, la tension artérielle, l’état nutritionnel et les besoins hydriques doivent être pris en compte. Le médecin ou le néphrologue peut évaluer ces éléments.
Sources consultées
Wu F, Meng J, Chen L. Prevalence of hyperuricemia and gout in relation to night fasting duration and eating frequency: NHANES 2007-2018. Clinical Rheumatology. 2026;45(2):1475-1485. Mise en ligne électronique le 10 novembre 2025.
Gohari S, Ghobadi S, Jafari A, et al. The effect of dietary approaches to stop hypertension and ketogenic diets intervention on serum uric acid concentration: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Scientific Reports. 2023;13:10492.
Pala B, Pennazzi L, Piscione M, et al. Serum Uric Acid as a Cardiovascular Risk Marker: Differential Effects of Ketogenic Diet and Intermittent Fasting in Postmenopausal Women. Nutrients. 2026;18(12):1912.
FitzGerald JD, Dalbeth N, Mikuls T, et al. 2020 American College of Rheumatology Guideline for the Management of Gout. Arthritis Care & Research. 2020;72(6):744-760.
Nielsen SM, Bartels EM, Henriksen M, et al. Weight loss for overweight and obese individuals with gout: a systematic review of longitudinal studies. Annals of the Rheumatic Diseases. 2017;76(11):1870-1882.
Assurance Maladie. Alimentation de l’adulte : des repas équilibrés au fil de la semaine.
Assurance Maladie. Prise en charge non médicamenteuse du diabète de type 2.
Assurance Maladie. Diabète : hypoglycémie, hyperglycémie et acidocétose.
Haute Autorité de santé. Parcours de soins du patient adulte vivant avec un diabète de type 2. 2025.

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Le jeûne et l’espacement des repas soulèvent des questions légitimes lorsque l’acide urique est élevé ou que des crises de goutte existent.
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